Alors que Nande et Hutu s’affrontent, la question se pose : Quid de Hutu congolais ? 126 Vues 0 par La rédaction

Belhar MBUYI, Journaliste indépendant

Le plus Grand site d’infos en RDC donne la parole à un des plus experts congolais de la crise dans la région des Grands -Lacs dont l’un des épicentres se trouve dans l’ancien grand Kivu ou les tensions ethniques sont récurrentes. Aujourd’hui, une nouvelle crise ethnique menace d’embrasser le Nord Kivu. C’est l’occasion de nous pencher sur communauté plus discrète, que les tutsi,  mais faisant aussi partie entièrement de la RDC: les Hutus. Qui sont-ils vraiment? Voici l’éclairage de Belhar Mbuyi, un expert de la question. Ci-dessous sa tribune.

Alors que Nande et Hutu s’affrontent, la question se pose

Quid de Hutu congolais ?

Depuis plusieurs moi, le Nord-Kivu, épicentre des conflits ethniques et base de nombreuses guerres ayant ensanglanté la RDC depuis plus de deux décennies, s’est remis à brûler. Avec une ferveur implacable. Tout a commencé, en novembre 2015,  avec le massacre de Buleusa, jusque-là paisible cité au nord du territoire de  Walikale, dans le groupement d’Ikobo, lorsque des Nande ont attaqué les Hutu, tuant  plusieurs d’entre eux et incendiant leurs maisons, poussant les rescapés à fuir à Miriki, se réfugier dans un camp des déplacés. Le nombre de victimes Hutu n’est pas connu à ce jour, mais des sources parlent de plus d’une centaine de personnes tuées. C’est à Miriki que, en janvier 2016, 18 personnes Nande seront tuées. Des sources ont accusé les FDLR, qui ont fermement démenti. Pour de nombreux Nande, ces miliciens rwandais  auraient voulu venger leurs cousins Hutu congolais. Cette région est écumée par des milices étrangères : autant il y a des FDLR, Hutu rwandais, autant il y a aussi les ADF-NALU, Nande ougandais connus pour leurs nombreux massacres en territoire de Beni. Certains leaders politiques en ont profité pour souffler du souffre sur les flammes afin d’en décupler l’intensité. Dans la société congolaise où les discours de rue règnent en maître, comme sur la toile, désormais en ébullition, la question, lancinante, revient : mais, avant toute chose,  existe-t-il des Hutu, voire – ceux qui vont avec – des Tutsi congolais d’origine ?

Ceci est une réflexion d’un observateur neutre et impartial, un journaliste qui a passé de nombreuses années à enquêter sur les conflits de l’Est, aussi bien auprès de citoyens lambda, des acteurs et témoins de l’histoire, qu’en Belgique, ancienne colonisatrice du Congo,  afin de mieux cerner les conflits de l’Est du pays et dans les pays de la région, et de proposer des solutions aux problèmes qui déchirent le tissu social.

Postulat mathématique

Dans les conflits du Kivu, la tendance est souvent très forte de remettre en cause la nationalité de l’adversaire, si par malchance ce dernier est locuteur du Kinyarwanda. Certes que, dans leur dernière réaction, les dirigeants de Kyaghanda, la mutuelle Nande, ont insisté sur le fait qu’ils n’ont jamais renié l’existence des Hutu congolais, mais il n’en reste pas moins vrai que nombreux autres congolais pensent le contraire.

Le discours de reniement des Hutu et Tutsi en tant que composantes de la nation congolaise n’est pas le fait des Congolais originaires de provinces lointaines du centre et de l’Ouest, longtemps abusés par un discours d’exclusion venus des collines orientales du pays, mais il a ses racines chez des personnes en apparence respectables. Le cas, pour citer des exemples parmi les plus récents, de Mukumbulhe Kahindo, qui se présente comme «Chef de corps du Collège des Bami (chefs coutumiers) Nande », et qui, dans une lettre adressée le 20 novembre 2016 au ministre de la Décentralisation, avec ampliation à tout ce que le pays compte comme autorités, dénie aux Hutu la citoyenneté congolaise et exige le rattachement de leurs entités aux chefferies Nande. Mais ce genre d’affirmations sont aussi le fait d’intellectuels, à l’instar de mon ami Léonard Kambere Muhindo, qui a publié deux livres sur le sujet («Après les Banyamulenge,  Voici les Banyabwisha aux Kivu. La Carte Ethnique du Congo Belge en 1959», Editions YIRA, Kinshasa, et «Regard sur les Conflits des Nationalités au Congo ; Cas des Hutu, Tutsi (Banyamulenge)», 1ère Partie, Aspect Juridique, Ed. YIRA, Kinshasa, 1998).

Mille fois ressassée, à la télé comme dans les rues, sur les sites d’information ou ceux des débats en ligne, cette rhétorique est désormais posée comme un postulat mathématique n’ayant nul besoin de démonstration. «Il n’existe ni Hutu, ni Tutsi congolais», répètent en chœur de nombreux congolais sur la toile, au risque de faire exploser les réseaux sociaux. Mais qu’en est-il au juste ? D’abord, en fonction de leur histoire, il existe deux catégories de Hutu en RDC : les autochtones du Rutshuru et les descendants des «transplantés» de Masisi.

  1. LES AUTOCHTONES DE RUTSHURU

D’entrée de jeu, il importe de souligner que les frontières orientales du Congo ont été définies, non pas en 1885 comme certains le disent, mais plutôt par la convention du 14 mai 1910, convention finalement entrée en vigueur à partir du 14 juin 1911. Il faut signaler que les explorateurs européens sont arrivés assez tardivement dans cette région du Kivu. La moindre des choses, c’est de leur poser la question de savoir qui ils ont trouvé sur place dans les territoires qu’ils visitaient, et leurs témoignages écrits vont nous édifier.

Evidences

Première évidence : de la même façon que la province du Kongo central actuel faisait partie de l’ancien royaume Kongo, aujourd’hui découpé entre l’Angola, la RDC et le Congo-Brazzaville, l’ancien Rwanda vit son territoire divisé entre le Congo belge (Rutshuru, Nyiragongo, Goma), la colonie britannique de l’Ouganda (Bufumbira, dans l’actuel district de Kigezi), et le protectorat allemand du Rwanda (le Rwanda actuel). Pour preuve, de nombreux témoignages attestent du fait que les chefs locaux de cette partie du Congo (pas seulement les Banyarwanda, mais jusqu’à certains chefs Hunde) payaient tribut au roi du Rwanda. Citant DUBUISSON (DUBUISSON, J., 1935 : 62-64), le Pr Joseph Nzabandora signale que, «en 1911, date de la matérialisation au Nord-Kivu des frontières du Congo avec le Rwanda

Advertisements

DIALOGUE : EDEM KODJO SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID

Le dialogue national inclusif durera deux semaines, immédiatement après l’installation du comité préparatoire. C’est tout ce qu’on peut retenir de la première sortie médiatique du facilitateur désigné de l’Union africaine. Pour des raisons faciles à deviner, Edem Kodjo est resté évasif sur des questions essentielles attendues par l’opinion nationale, notamment la date, la durée, le format et les termes de référence de ce forum national. Concernant le respect des délais constitutionnels, le Togolais s’est contenté de souffler le chaud  et le froid. 

Le Potentiel

Le facilitateur du dialogue  national inclusif désigné par l’Union Africaine (UA), Edem Kodjo a, au cours d’une conférence de presse animée lundi 11 avril à son nouveau siège de Kinshasa,  tenté de rassurer les uns et les autres sur la tenue effective du dialogue. Selon lui, le comité préparatoire du forum sera mis en place à la fin de la semaine. Cette étape devra précéder le début effectif de ce dialogue annoncé par le chef de l’Etat depuis l’année passée et qui est censé permettre la tenue d’élections apaisées.

Cependant, ni la date, ni le lieu, encore moins le format de cette grand-messe n’ont été révélés à la presse. La seule certitude, c’est que le dialogue se tiendra en deux semaines, sauf si d’autres détails l’étirent en longueur, avise Edem Kodjo avant de placer qu’« Il faut limiter les affaires dans un cadre précis, et pour cela, il faut définir une feuille de route » qui mette tout le monde d’accord durant les assises. Cette tâche, a-t-il indiqué, sera réservée au comité préparatoire qui sera installé d’ici à la fin de la semaine.

Identité d’approche entre Kodjo et la MP 

Qui sera membre du comité préparatoire ? La désignation se fera de manière aléatoire ou sur la base d’un critérium ? Edem Kodjo estime que ce dialogue doit être inclusif : «Je souhaite que tout le monde soit présent et pas de procès d’intention. J’ai encore besoin d’avoir un peu de temps pour consulter même ceux qui ne sont pas chauds pour démarrer le dialogue avec nous parce qu’en tout état de cause, ils auront leur place parmi nous parce qu’il y a un dialogue inclusif. Le dialogue doit demeurer inclusif ».

En lisant entre les lignes, l’on découvre quele facilitateur embouche la trompette de la MP qui voudrait amener  toutes les couches de la population à cette messe noire. Objectif : constituer une masse d’applaudisseurs qui vont se charger du brouhaha,