RDC: la CENCO demande au peuple de chasser Kabila après le 19 décembre

Eveque-Cenco
Les Evêques de la République Démocratique du Congo

Préambule
1.      Réunis en Assemblée Plénière ordinaire à Kinshasa, du 20 au 24 juin 2016, Nous, Cardinal,  Archevêques et Evêques, membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), avons saisi cette occasion pour réfléchir sur la situation critique que traverse notre pays, suite au , blocage du processus électoral. Cette situation inquiétante qui risque de plonger le pays dans le chaos, interpelle tous les Congolais et congolaises, et engage en premier lieu, la responsabilité des acteurs politiques. Solidaires du destin de notre peuple et préoccupés par la tournure des événements, nous avons, dans la prière, tourné nos regards vers le Seigneur, Maître des temps et de l’histoire, pour lui confier notre pays. Mus par cette foi en Dieu, nous adressons cette exhortation à tous les fils et filles de la RD Congo pour un sursaut patriotique en vue de sauver la Nation en danger!

2.      Nous rendons grâce au Seigneur pour tous les pas déjà franchis par
notre pays dans le processus de la démocratisation qui doit se
consolider et se poursuivre. En tant que pasteurs, notre rôle n’est
pas de promouvoir une quelconque idéologie ni de parrainer
politiquement des individus ou des groupes pour l’accès ou le maintien
au pouvoir. Notre rôle est d’accompagner les acteurs politiques, de
toutes tendances, à s’acquitter consciencieusement de leur mission
d’être au service du bien commun.
3.      Nous remercions tous ceux qui ont pris l’initiative de nous
partager leurs préoccupations et leurs attentes, ainsi que ceux qui
ont répondu à notre invitation pour échanger sur la crise que traverse
notre pays. Cela témoigne du capital de confiance placé en l’Eglise
catholique, et en même temps nous interpelle comme pasteurs.

Visage de la crise
4. La crise actuelle ne résulte-t-elle pas du blocage du processus
électoral? En effet, alors que les échéances électorales prévues par
la Constitution sont imminentes, on constate un retard accablant dans
l’organisation des scrutins. Le peuple congolais s’interroge: ce
retard serait-il dû à un déficit de bonne gouvernance, à un cas de
force majeure, ou à un manque de volonté politique délibéré? Le
dialogue, voie royale en démocratie pour résoudre les problèmes,
semble lui aussi être dans l’impasse. Depuis son annonce par le Président de
la République et la nomination du facilitateur, les acteurs politiques
congolais peinent à s’accorder pour baliser de manière consensuelle le
chemin d’un processus électoral crédible et apaisé.

5. En outre, la réduction sensible de l’espace démocratique, la
multiplication inquiétante de violations des droits humains, les
massacres ignobles et l’insécurité croissante dans la région Est du
pays, la dépréciation de la monnaie nationale face aux devises
étrangères, le dédoublement des partis politiques, ne sont pas de
nature à apaiser les esprits. En même temps, la souffrance de la
population ne fait qu’empirer. Le peuple se voit sacrifié sur l’autel
des intérêts des politiciens.

Pistes de solutions
6. Que devons-nous faire pour sortir de la crise actuelle? En tant que
pasteurs d’âmes, nous n’avons pas la prétention d’apporter une
solution technique et politique au problème. Cependant, réconfortés
dans notre ministère pastoral à être des veilleurs, « des hommes
d’espérance pour notre peuple» et à apporter notre contribution pour
l’avenir heureux de notre nation, nous voulons rappeler à notre Peuple
et à nos Gouvernants, des exigences fondamentales qui ! doivent être
honorées, afin de parvenir à une sortie de crise susceptible de
relancer le processus électoral dans un climat apaisé.

10  Respecter la Constitution

  1. Il nous faut impérativement revenir au respect de la Constitution,
    socle de notre Nation’ qui, dans ses articles verrouillés, a coulé les
    options fondamentales concernant notamment le nombre et la durée des
    mandats du Président de la République. Tirant les leçons des
    expériences politiques malheureuses de la Première et de la Deuxième
    République, ces options fondamentales préservent la cohésion nationale
    et donnent à notre pays, toutes les chances de se construire sur des
    bases solides. Elles s’imposent à tous. Aussi, appelons-nous nos
    dirigeants au sens de la responsabilité républicaine et patriotique en
    vue d’accepter l’alternance au pouvoir comme fondement d’une vie
    démocratique. Vouloir agir autrement, c’est non seulement aggraver la
    crise actuelle mais plus encore marcher contre la volonté du Peuple,
    souverain primaire qui a fait son choix: ce serait donc une haute
    trahison à la Nation (Cr. Art. 220).

2° Aller au dialogue

  1. A l’heure actuelle, le dialogue politique des forces vives de la
    Nation dans le respect des fondamentaux de la Constitution, choix du
    Peuple, s’avère la voie incontournable pour éviter le chaos. Aussi,
    exhortons-nous les acteurs politiques à mettre fin aux manoeuvres
    dilatoires et à se mettre autour d’une table avec le Facilitateur
    nommé pour se parler en face, en vue de dégager un consensus pour
    l’organisation des élections libres, démocratiques et i transparentes
    dans le respect de la Constitution. La responsabilité des acteurs
    politiques de toutes tendances est engagée. Ils en répondront devant
    l’histoire, si, à cause de leurs intérêts partisans, ils sacrifient la
    paix de la Nation.

3° Répondre au cri de détresse du Peuple
9. La crise qui déchire les politiciens a des répercussions néfastes
sur le vécu quotidien des citoyens congolais. La situation
socio-économique et sécuritaire des populations se dégrade et personne
ne semble considérer sa détresse comme une priorité. Les besoins
sociaux de base, notamment la santé, l’éducation, l’eau, l’électricité
ne sont pas assurés convenablement. Les salaires, déjà modiques, ne
sont plus réguliers. Pendant que des conflits sociaux agitent la
fonction publique, le budget national est revu à la baisse. Le Peuple
lance un cri de détresse à ses Gouvernants. Nous n’ignorons pas les
répercussions, pour notre pays, de la crise actuelle due à la chute
des cours de matières premières. Mais la crise actuelle ne pourra être
résolue si l’on reste sourd au cri de détresse du Peuple.

4° Garantir le respect des droits humains
10. La situation actuelle est exacerbée par la montée des violations
des libertés et le mépris des droits humains les plus élémentaires,
les arrestations arbitraires et les jugements hâtifs ainsi que la
réduction de l’espace médiatique. De telles pratiques compromettent la
démocratisation effective de notre pays. Il est temps de promouvoir
les valeurs démocratiques dans la gestion de l’Etat et de restaurer un
Etat de droit en République Démocratique du Congo. C’est une exigence
de la paix sociale et de la confiance mutuelle indispensables pour un
dialogue sincère.
11. En rappelant ces exigences, nous sommes convaincus que notre
avenir commun n’est pas voué à la fatalité de la violence, ni de
l’affrontement meurtrier. L’espérance chrétienne est un antidote à
toute fatalité. Elle nous apprend que Dieu est à l’oeuvre dans notre
monde meurtri. Elle nous apprend aussi que dans ce monde, des hommes
et des femmes de bonne volonté sont à l’oeuvre pour entreprendre des
actions convergentes de justice et de paix. Nous lançons un appel
pressant à l’endroit des acteurs politiques congolais ainsi que de
ceux de la société civile, à se mettre du côté de ces hommes et femmes
de bonne volonté pour privilégier l’intérêt supérieur de la Nation et
s’engager résolument à trouver une issue heureuse à la crise actuelle.

Recommandations
12. Forts de cet appel, nous recommandons:

• Au Gouvernement de la République
– de garantir le respect de l’éthique et des règles démocratiques dans
la gestion de l’Etat;
– d’assurer aux parties prenantes au processus électoral, un
environnement serein et harmonieux;
– de redoubler d’efforts dans la mobilisation des ressources
matérielles et financières, afin de garantir la tenue, dans les délais
constitutionnels, des élections;
– de mettre fin à toute répression et actes d’intimidation contre ceux
qui expriment une opinion contraire ou différente.

• Aux acteurs politiques congolais
– de cesser de se servir du peuple pour l’inciter à la haine et à la
violence, au tribalisme et au rejet des compatriotes considérés comme
non originaires;
– de débattre publiquement et sérieusement des priorités et des
valeurs sur lesquelles ils entendent bâtir l’avenir de notre pays;
– de dépersonnaliser le débat sur la Constitution et de rechercher de
manière consensuelle le chemin d’un processus électoral crédible et
apaisé;
– de refuser les positions extrémistes dans leur discours comme dans
leur comportement et de faire des concessions nécessaires en vue de
donner une chance à un dialogue national sincère et prometteur d’un
avenir meilleur pour tout le peuple.

• A la CENI
– d’entreprendre sans délai la préparation des prochains scrutins en
privilégiant les opérations techniquement et financièrement les plus
appropriées pour que nous puissions respecter les normes de la
Constitution;
– de jouer en toute indépendance son rôle d’Institution
d’accompagnement de la démocratie en évitant d’être à la solde d’une
quelconque tendance politique.

• A la Communauté Internationale
– d’intensifier ses engagements en appuyant avec des moyens financiers
et logistiques conséquents le processus électoral, en cours en
République Démocratique du Congo;
– d’appuyer davantage le Facilitateur nommé par l’Union africaine et
d’autres initiatives susceptibles de favoriser dans un bref délai, la
tenue du dialogue entre Congolais;
– d’accompagner les organisations de la Société civile dans leur
combat pour le respect des droits humains et dans la formation civique
des populations.

• A la jeunesse
– de ne pas se laisser instrumentaliser, ni manipuler par les acteurs
politiques de quelque tendance que se soit;
– de refuser toute forme de violence.

• Au peuple congolais
–       de se mettre debout et de faire preuve de vigilance et de maturité
pour s’opposer’ par tous les moyens légaux et pacifiques à toute
tentative de mettre à mal l’alternance au pouvoir;
– de participer activement à la campagne d’éducation civique et électorale.

Conclusion
13. Pour notre part, nous organiserons des moments de prière pour un
processus électoral apaisé dans tous les diocèses de notre pays et
veillerons à sauvegarder la liberté et la neutralité de l’Eglise
contre toute forme de récupération. En outre, fidèles à notre mission,
nous entendons prendre des initiatives pour susciter une plus grande
conscience citoyenne, afin d’obtenir, dans le respect de la
Constitution, un consensus politique pour des élections libres et
démocratiques en République Démocratique du Congo.
14. A ce sujet, nous avons lancé la campagne d’Education Civique et
Electorale qui consiste à susciter la réflexion des citoyennes et
citoyens sur leur engagement actif, non-violent, responsable et
généreux, pour améliorer la situation du pays et le développer. Cette
campagne devra contribuer à former la conscience du peuple pour qu’il
contribue à édifier un Etat de droit et qu’il s’implique dans le
processus politique en cours avec une conscience chrétienne bien
avisée.
15. Au regard du dialogue qui tarde à se concrétiser, nous proposons
notre sollicitude pastorale, en appui au facilitateur nommé, pour
favoriser le rapprochement entre acteurs politiques congolais et
obtenir ainsi la tenue de ce dialogue attendu.
16. Nous confions la réussite du processus électoral et l’avenir de
notre pays à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine de
la paix. Nous prions pour que Dieu prenne en grâce notre peuple et
bénisse notre beau pays!

Fait à Kinshasa, le 24 juin 2016

En la Solennité de la Nativité de Saint Jean-Baptiste

Les Evêques membres de l’Assemblée Plénière de la CENCO présents à la
Session Ordinaire du 20-24 juin 2016

  1. S.E. Mgr DJOMO Nicolas, Evêque de Tshumbe et Président de la CENCO
  2. S.E. Mgr BANGA Joseph,  Evêque de Buta et Vice-Président de la CENCO
  3. S.Em. Laurent Card. MONSENGWO, Archévêque de Kinshasa
  4. S.E. Mgr TAFUNGA Jean-Pierre,  Archévêque de Lubumbashi
  5. S.E. Mgr UTEMBI Marcel, Archévêque de Kisangani
  6. S.E. Mgr MADILA Marcel,  Archévêque de Kananga
  7. S.E. Mgr MAROY François-Xavier, Archévêque de Bukavu
  8. S.E. Mgr MUNUNU Edouard,  Evêque de Kikwit
  9. S.E. Mgr MULUMBA Gérard,  Zvêque de Mweka
  10. S.E. Mgr NGOY Nestor,  Evêque de Kolwezi
  11. S.E. Mgr KALALA Jean-Anatole, Evêque de Kamina
  12. S.E. Mgr NKIERE Philippe, Evêque d’Inongo
  13. S.E. Mgr MOKOBE Joseph, Evêque de Bansankusu
  14. S.E. Mgr DOMBA Richard,  Evêque de Dungu-Doruma
  15. S.E. Mgr NSIELELE Fidèle, Evêque de Kisantu
  16. S.E. Mgr MASENGO Valentin, Evêque de Kabinda
    17.SE. Mgr KABOY Théophile,  Evêque de Goma
  17. S.E. Mgr NZALA Louis, Evêque de Popokabaka
  18. S.E. Mgr KATAKA Janvier,  Evêque de Wamba
  19. S.E. Mgr MBUKA Cyprien, Evêque de Boma
  20. S.E. Mgr MUDISO Gaspard, Evêque de Kenge
  21. S.E. Mgr KASANDA Bernard, Evêque de Mbujimayi
  22. S.E. Mgr SIKULI Melchisédech,  Evêque de Beni-Butembo
  23. S.E. Mgr NLANDU Daniel, Evêque  de Matadi
  24. S.E. Mgr BULAMATARI Dominique, Evêque de Molegbe
  25. S.E. Mgr ANDAVO Julien,  Evêque de  d’Isiro-Niangara
  26. S.E. Mgr RUVEZI Gaston, Evêque de Kipushi-Sakania
  27. S.E. Mgr AMBONGO Fridolin, Evêque de Bokungu-Ikela et
    Administrateur Apostolique de Mbandaka-Bikoro
  28. S.E. Mgr KWANGA Vincent de Paul, Evêque de Manono
  29. S.E. Mgr URINGI Dieudonné,  Evêque de Bunia
  30. S.E. Mgr MUTEBA Fulgence, Evêque de Kilwa-Kasenga
  31. S.E. Mgr TSHITOKO Pierre-Célestin, Evêque de Luebo
  32. S.E. Mgr TEMBO Philibert,  Evêque de Budjala
  33. S.E. Mgr NGOY Oscar, Evêque de Kongolo
  34. S.E. Mgr NGUMBI Willy,  Evêque de Kindu
  35. S.E. Mgr UNG’EYOWUN Etienne, Evêque de Bondo
  36. S.E. Mgr MOKO José,  Evêque d’Idiofa
  37. S.E. Mgr AYIKULI Sosthène, Evêque de Mahagi-Nioka
  38. S.E. Mgr MUYENGO Sébastien, Evêque d’Uvira
  39. S.E. Mgr MWANAMA Félicien,  Evêque de Luiza
  40. S.E. Mgr LUBAMBA Placide,  Evêque de Kasongo
  41. S.E. Mgr NADONYE Jean-Bertin, Evêque de Lolo
  42. S.E. Mgr NGBOKO Ernest, Evêque de Lisala
  43. S.E. Mgr AMADE Jean-Chrisostophe, Evêque de Kalemie-Kirungu
  44. S.R Mgr KIBAL Emery, Evêque de Kole
  45. S.E. Mgr KISONGA Edouard, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
  46. S.E. Mgr BODIKA Timothée, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
  47. S.E. Mgr BAFUIDINSONI Donatien, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
  48. S.E. Mgr KWAMBAMBA Jean-Pierre, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
  49. S.E. Mgr Dieudonné MADRAPILE,  Evêque nommé d’Isangi.

Zuma choisit « Joseph Kabila », selon Jeune Afrique. Et il le dit à Paris

Par Mufoncol Tshiyoyo, 

” Le maintien de Joseph Kabila à la tête de la RD Congo au-delà de la fin de son mandat, le 19 décembre ?« Laissez-nous gérer cette question entre Africains », a dit sans détour Jacob Zuma à François Hollande en tête à tête le 11 juillet, lors de sa visite officielle en France. Sous-entendu : « Vous, les Blancs, ne vous mêlez pas de cela.” (Source Jeune Afrique, Publié le 21 juillet 2016 à 07h56)

François Hollande et Jacob Zuma à Paris

En reprenant sur notre mur cette information qui a été diffusée par Jeune Afrique, nous signalons que l’accent n’est pas mis sur le départ ou le maintien de “Joseph Kabila” à la tête du Congo-Kinshasa. Pour notre jeunesse, et au nom de qui nous parlons, Jeune Afrique par Zuma interposé, repose, bien sûr à sa manière, la question de qui contrôle le Congo-Kinshasa. Et à ce sujet, personne ne saura avouer au peuple du Congo-Kinshasa que Zuma, qui est de nationalité sud-africaine, représente la constitution du Congo-Kinshasa derrière laquelle la classe politique et une bonne partie de l’élite congolaises ont souvent caché leur impuissance. En effet, l’avènement comme le maintien de « Joseph Kabila » là où il est perché à Kinshasa n’a jamais été régi, et ne le sera jamais par un document juridique, qui à l’occasion parait juste comme un habillement qui accompagne l’expression d’une volonté politique extérieure.

La sortie de Zuma, et encore à Paris, alors que certains d’entre nous y sont passés pour quémander ce type de pouvoir, ne vient que confirmer ce que tout le monde a toujours su dans ce pays, même si beaucoup simulent l’ignorance. Et tant que nous comme peuples, et avec ce leadership qui s’affiche au-devant de ce même peuple, nous n’oserions nommer l’adversaire, tant que notre faiblesse sera voilée derrière la constitution, le discours juridique et le juridisme, tant que nous refuserons de parler de Paul Kagamé, du Rwanda, de Tony Blair et de Bill Clinton, par crainte de représailles et de dire la vérité à notre peuple, les Congolais resteront là à chanter le dialogue, la transition tandis que le débat est ailleurs. Il est d’un autre genre.

Construisons l’avenir, réinventons la lutte, c’est notre invitation à la transcendance comme unique possibilité de notre existence comme un tout identitaire, comme une nation, comme un peuple souverain et digne.